Cette semaine, je n’ai pas envie de vous raconter ce que nous « faisons » au travail, la newsletter d’AMM en ce début avril vous donnera de plus amples informations. J’ai plutôt envie de donner un peu de nos nouvelles, de notre état d’esprit actuel.


Nous passons un nouveau cap ici, je dirais depuis une dizaine de jours où l’enthousiasme laisse plutôt la place à une descente douce vers plus de réalisme du contexte de ce pays. La DCC nous avait bien prévenus qu’autour de 3 mois de vie sur place, les illusions laissaient la place à plus de réalisme et je crois que nous commençons cette période.
 
Première expérience de corruption dans les soins qui m’a mis un coup au moral sur ma vision du pays. C’est tellement différent de savoir que la corruption existe et d’y être confrontée. En quelques phrases, je vous explique : le petit Franco qu’AMM parraine (hydrocéphalie majeure, âgé d’un an) avait besoin de recevoir une valve de dérivation du LCR, qu’on attendait depuis 3 semaines, envoyée par un médecin qui pouvait nous la vendre en ne payant que les taxes douanières, et donc 5 fois moins chère que le prix du marché ; ce médecin devait m’envoyer la valve depuis Tana. Les jours passants, ne la recevant toujours pas malgré mes appels répétés, après 15 jours d’hospitalisation de l’enfant, un des neurochirurgiens du service me dit qu’il en a une dans son bureau ! Il n’aurait pas pu me le dire tout de suite ? Il me demande mon prix. Je lui explique les difficultés que je rencontre pour en avoir une mais que je devrais la recevoir dans les jours qui arrivent ; il est ennuyé et m’invente une date d’opération très prochaine pour que je lui achète la sienne au plus vite. Je ne suis pas dupe tout de même ! Il est vrai que je veux surtout que l’enfant soit opéré au plus vite vu l’urgence de la situation (urgence qu’il ne manque pas de me rappeler pour que j’augmente le prix d’achat de SA valve). Avoir du négocier ce genre de matériel, avec la pression qu’il m’a mise pour que j’achète SA valve ainsi que d’avoir du endurer les avances de ce médecin libidineux et ne recevant toujours pas la valve de Tana, je lui achetais donc la sienne, non de gaieté de cœur, vous avez compris.


Ce n’est qu’une expérience parmi d’autres que nous vivons en ce moment mais devoir monnayer lorsque la vie d’un enfant est en jeu est  bien difficile pour moi !


Je ne dirais pas du tout que la période que nous vivons est sombre malgré ces dernières lignes, c’est juste que nous découvrons aussi d’autres aspects de Madagascar, moins glorieux.


En parallèle, nous sentons que l’équipe nous fait de plus en plus confiance, nous rigolons ensemble pendant les repas, un début de complicité se met en place, c’est agréable. Nous commençons à être connus et reconnus dans ce que nous faisons.


Les projets avancent malgré les embûches, on travaille quand même moins tous les deux, depuis 10 jours que nous avons nos deux nouvelles sages-femmes embauchées. Une détente psychique non négligeable !


Je vous partage aussi une expérience qui m’a enthousiasmé il y a une semaine. J’ai demandé à un médecin volontaire depuis 6 ans ici, française, de la suivre une journée dans ses consultations. C’était passionnant ! Entre visites médicales des enfants aveugles qu’elle suit et connaît très bien, ses soins en aromathérapie avec les huiles essentielles, les visites à domicile auprès de personnes dans une "précarité sans nom", les séances de réflexologie plantaire et les enfants des rue accueillis dans un collège pour des journées d’alphabétisation, un régal pour ma curiosité d’apprentissage.
J’ai déjà acheté les huiles essentielles qui me manquaient pour commencer à proposer quelques remèdes aux patients, qui, pour la plupart ne connaissent pas du tout. Or, plusieurs huiles permettent de soigner des diarrhées aigües, des rhumes, des toux, des problèmes de cicatrisation qui sont la plupart de nos consultations. Selon moi, ce serait un premier pas vers des conseils de prévention…pour essayer de remédier au : « les antibiotiques, c’est automatique » ! Et Claire, ce même médecin serait également d’accord pour me former en réflexologie plantaire : je jubile et compte bien m’exercer, sur mes enfants tout d’abord !
 
                   


 
 
 
 
 
Quant au mois d’avril, il s’annonce avec « pas mal » de nouveautés : arrivée du nouveau médecin recruté cette semaine, poursuite de la passation/ formation des nouvelles sages-femmes, Egyptienne (notre sage-femme d’expérience) qui va probablement se retirer de notre activité ici, arrivée d’un nouveau dentiste la semaine prochaine également, et si c’est accepté par l’équipe, mise en place de notre nouveau projet pour le mois de juin : la fête des 10 ans d’existence du dispensaire !
 
                                                                                                                                
Quant à nos enfants, ils se portent toujours très bien. Pas de maladie, de plus en plus de copains, ilssentent aussi leurs parents « plus zen » et nous prenons le temps avec bonheur de goûter de menues joies du quotidien que je souhaitais vivre durant cette expérience de coopération en famille : séances de massages presque quotidiennes, livres audio (merci les Deschamp et les Chatelin) que nous écoutons en famille (en ce moment, les contes de la Rue Broca : mon régal quand j’étais petite !),un « plateau-télé » une soirée par semaine= un dessin animé regardé en famille…et même une séance de yoga pour les enfants faite tous les 5 dans le jardin (merci Lyly), avec plein de petits yeux d’enfants braqués sur nous de l’association « les enfants du soleil »,        nos voisins les plus proches !