Après plusieurs mois de tergiversations, nous avons finalement arrêté notre décision Manuela et moi de ne pas renouveler notre contrat de mission et de terminer notre année fin décembre.

Plusieurs raisons motivent ce choix difficile. Difficile car la mission est passionnante de par la liberté d’action que nous avons ici d’entreprendre tous les projets que nous souhaitons, de par les résultats que nous obtenons, de par les personnes formidables que nous rencontrons.

Il est vrai qu’il sera difficile de retrouver la vision « étriquée » de notre travail à notre retour, où tout est segmenté, morcelé, hiérarchisé et où tout prend du temps par la lenteur de l’institution.

Cependant, plusieurs aspects sont fatigants ici à Fianarantsoa.

Un volontaire, nous avait confié une fois que ce « pays est usant ». Une phrase que nous n’avions pas comprise sur le moment. Depuis, nous l’expérimentons chaque jour.

En effet, les sollicitations du fait d’être des étrangers et d’être assimilés forcément à des personnes ayant de l’argent, ne cessent d’attirer les convoitises de récupérer quelques billets, de demander des avances ou encore des cadeaux injustifiés. Dire non dans un pays où on ne dit pas non n’est pas chose aisée.

Nous n’avons jamais entendu en 9 mois, ce petit mot malgache : « Tsia » qui veut dire non et pour cause car complètement tabou.

C’est de l’ordre de l’inconcevable de dire non alors les parades sont nombreuses : dire oui et trouver des excuses pour ne pas le faire, dire peut-être, peut-être pas, ça pourrait se faire, pas aujourd’hui et j’en passe. Cela afin de ne pas « couper » la relation. Par conséquent, on ne sait jamais trop sur quel pied danser, si les choses se feront ou encore si les rendez-vous seront honorés.

Un autre aspect usant tient dans le fait de ne pas dire. On ne dit pas quand on n’est pas d’accord. On n’exprime pas ses émotions. Seule la joie est autorisée à être expressive, exubérante même.

Du coup, tous les malentendus, toutes les incompréhensions, tous les sentiments d’injustice, tous les quiproquos restent et ne sont pas libérés. Forcément, le temps faisant son ouvrage, les tensions croissent et finalement les personnes s’en vont du jour au lendemain sans trop qu’on sache pourquoi.

Pour ne pas « perdre la face » selon leur propre expression, pour rester à sa place, dans le moule, ne pas faire de vague, se démarquer des autres, on ne s’énerve pas. Par conséquent, en cas de désaccord entre un étranger et un malgache (car entre deux malgaches le désaccord n’est pas exprimé), si l’étranger monte le ton, la personne malgache parle moins fort qu’il n’a commencé.

Là où on aimerait du répondant, quelqu’un qui expose ses arguments, contre-attaque, il n y a rien.

Désolé pour la comparaison mais c’est comme s’apprêter à taper dans un sac de sable et finalement taper dans un sac vide. C’est déroutant !

Passées ces divergences de l’ordre du choc des cultures, il y a d’autres raisons pour lesquelles ne pas continuer et notamment le manque de vie privée, d'intimité.

Ce petit sas d’intimité qu’on aime tous retrouver qui est souvent son chez soi.

Dans une culture où la vie privée est mélangée à la sphère professionnelle, où il n y a pas de séparation entre l’individuel et le collectif, nous nous retrouvons constamment dérangés les week-ends, les soirs et même les nuits (bien que les nuits soient uniquement pour les urgences médicales et sur notre demande).

Notre solution pour être tranquille les week-ends est la fuite. Partir se balader ou aller chez des amis pour être tranquille. Impossible de se poser simplement chez soi à ne rien faire…

D’ailleurs, à chaque fois qu’on part, il y a toujours quelqu’un pour nous demander où l'on va, ce que déteste Manuela qui se sent fliquée. Je pense que c’est plus de l’ordre de l’intérêt que tu portes à l’autre qui motive cette question, du "prendre soin"..

Une autre raison à notre départ concerne "le nerf de la guerre" : l’argent.

Financièrement, il ne serait pas tenable de tenir 8 mois de plus. Il y a de gros postes qui grèvent le budget : la voiture, l’école, Internet,…

Quoi qu’il en soit, nous sommes bien avec notre décision. Depuis que nous avons annoncé notre départ à la DCC et AMM, ils nous ont déjà trouvé des remplaçants. Une famille qui remplace une famille.

Nous travaillons à tout mettre par écrit pour une bonne passation. Passation que nous pourrons déjà faire avec Ophélia, infirmière qui nous rejoint au mois de novembre et qui restera à Padre Pio jusqu’en février, date d’arrivée de la nouvelle famille. Ils auront pour mission essentielle de suivre les projets lancés, évaluer leur pertinence, suivre la gestion du dispensaire et développer d’autres projets selon leurs sensibilités.

Quant à nous, que ferons nous au mois de janvier ? A l’heure actuelle, nous ne savons pas encore.

Nous avons quelques projets en têtes et quelques destinations autres que notre retour en France qui ne devrait pas se faire avant l’été 2019.

On ne manquera pas de vous tenir au courant quand cela deviendra plus concret. Nous passons désormais de nombreuses soirsées à la recherche active d’un « après mission » qui est un sens pour nous, en cohérence avec ce que nous vivons.