La fin du mois suscite chez moi une envie de relecture, nécessaire et salutaire, je dirais presque.

Le besoin de faire un point sur ce que je vis, ce que nous vivons après 5 mois passés ici.


Nous sommes face à des situations répétées de personnes résignées ou passives, des gens qui attendent que nous fassions pour eux, comme si c’était normal. Face à cela, nous oscillons donc avec de fortes envies de rentrer, des sentiments de révolte de ne pas voir le peuple malgache se soulever par lui-même, prendre des initiatives, prendre en main leur pays.
 
Avec une partie de l'équipe devant notre bel incinérateur, financé par AMM : Merci !
 


Là, j’avoue que c’est notre foi qui nous fait tenir, qui nous redonne l’espérance au quotidien pour apprécier, entreprendre, agir et chercher des solutions avec eux !
Lasagnes-party pour essayer d'instaurer plus de convivialité dans notre équipe
 


Grosse remise en cause de ma part en me disant que nous n’avons peut-être pas su susciter la coopération dans notre équipe, que nous n’avons peut-être pas réussi, ne serait ce qu’un peu, à « faire avec » mais « faire pour », malgré nos efforts. Moi qui aime tant ce « faire avec », le constat est rude. Constat non figé non plus car nous pouvons encore essayer de travailler ensemble pour le dispensaire.
 
Début de notre projet d'Hotelyn Zaza avec Claudine : déjà du succès après 3 jours !
Ils sont trop mignons ces enfants !

Nous avons eu une réunion-crise la semaine dernière qui m’a valu des larmes (ça n’étonnera pas non plus ceux qui me connaissent !), une grande tristesse et de la colère devant des frustrations de l’équipe qu’ils nous ont exposés. Ils nous ont présenté leur angoisse de ne pas être payés à la fin du mois, l’incertitude de retomber dans la même situation qu’avant notre venue, une fois que nous serons partis ; leur incompréhension à nous voir dépenser pour des projets autour du dispensaire et de laisser entendre qu’il n’y aura peut-être pas assez à la fin de ce mois pour payer les salaires. Tout ceci, je l’entends fort bien. Cela doit être tellement insécurisant de ne pas savoir s’ils auront de l’argent ou non pour faire manger leurs enfants…Mais par ailleurs entendre que c’est à cause de toutes ces dépenses de notre part alors que nous n’avons jamais pris un centime dans la caisse du dispensaire, qu’il n’y a plus assez pour payer les salaires ou qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous ne payons pas les salaires, c’est juste inaudible pour nous !


S’en est suivie une longue présentation Power Point l’après-midi que Jean-Philippe avait réalisée, afin de leur présenter nos dépenses pour venir ici, notre appel aux dons, les dépenses que nous avions faites pour Padre Pio (dont les aides aux salaires et arriérés en plus du reste) et le fait que l’argent qui nous avait été confié était destiné à des projets pour que le dispensaire fonctionne et non à payer des salaires ! Après cette journée de crise, la tension semble redescendue mais cela peut être juste en apparence…Ici, les choses ne se disent pas forcément par devant !
 
 


Notre ressenti à Jean-Philippe et moi : nous sommes face à un vrai choc culturel, à des gens qui ont une pensée si différente de la nôtre, qu’il nous faudrait changer de structuration cérébrale pour les comprendre. Nous sommes face à des situations inconcevables pour nous, avec notre pensée, sans même « pouvoir tenter » de les comprendre tant cela dépasse notre entendement.
 
Un exemple : l’adaptabilité poussée au paroxysme de nos collègues ; une ampoule ne fonctionnait pas dans la salle de bains du dispensaire à l’étage. Il a fallu que Claudine (notre médecin bénévole actuellement avec nous) nous le signale puisqu’elle en était gênée pour se doucher! Personne, en 5 mois ne nous l’avait dit. De même qu’un évier bouché pendant 5 mois, rempli d’eau ne gênait personne. Des exemples comme celui-ci, nous en avons à la pelle !



Ces situations et notre vécu actuel me mettent en route sur de nombreuses réflexions, comme celles-ci : finalement, est ce possible de penser aux autres, à des actions « citoyennes » ou au bien commun lorsqu’on ne peut pas se vêtir, manger ou se loger et que l’on est en charge d’une famille?


Que veut dire, investir sur des projets de moyen ou de long terme, avec des objectifs d’efficacité, de stratégie de développement ? Cela a-t-il un sens pour ce peuple qui, pour beaucoup, travaillent le matin pour nourrir leurs enfants le midi et l’après-midi pour nourrir leurs enfants le soir ?
 


Par chance, nous avons entre les mains depuis 3 jours un livre qui vient éclairer nos lanternes et qui dans ce début de lecture nous aide à retrouver du sens à notre présence ici. Un livre de Stéphane Urfer, jésuite, enseignant, écrivain et éditeur, vivant à Madagascar depuis 1974, et reconnu comme l’un des analystes les plus pointus de la société malgache. Une belle rencontre que nous faisons à travers ce livre intitulé : Madagascar, une culture en péril ?


Très à propos pour nos considérations actuelles.