Les Chic'Ouf à Mada

01 octobre 2018

...2019...du neuf...

...En Afrique du Sud!!!

Après avoir évoqué La Réunion, le taux de chômage nous a fait changer d'avis.

Nous nous sommes alors demandés où vivre notre sas "d'après  Mada". L'envie d'apprendre l'anglais étant déjà prégnante pour Jean-Phi avant notre départ à mada, la question est remise sur le tapis!

J'en vois maintenant un intérêt certain, qui pourrait m'ouvrir des portes si je travaillais sur des projets de santé materno-infantile, en lien avec l'international par exemple. Oui, parce que nous ne mesurons pas encore tout ce que nous vivons ici et avons vécu mais ce que nous savons c'est que cela nous transforme beaucoup de l'intérieur.

Je n'aurais sûrement pas imaginé vibrer à ce point, en partant, si l'on m'avait dit que je mènerai des projets autour de la mère et de l'enfant avant de venir ici! Cela fait parti des découvertes sur soi-même, fruit de la mission. Alors l'avenir professionnel, il est encore bien difficile à imaginer !

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Jean-Philippe l'évoquait dans le dernier post, nous cherchons un projet en cohérence avec ce que nous avons vécu jusqu'ici et il semblerait que nous l'ayons trouvé : un centre de formation en permaculture à 2h de Johannesburg.

Vous pouvez aller voir leur site, il invite à les découvrir :

Happy Toes Home

Happy Toes is a Permaculture project focused on sustainability, organic gardening, food forest, rehabilitation and integration of natural systems.

https://www.happytoes.co.za

Après 4 mois de vie spirituelle intense en Espagne, à la découverte de notre intériorité, une année de vie à Madagascar à la rencontre de l'autre,

année de solidarité, un volontariat autour des questions de préservation de notre planète, cela a encore beaucoup de sens pour nous.

Pour ceux qui en ont déjà entendu parlé, c'est un peu comme si nous explorions ce que veut dire la notion "d'écologie intégrale" à travers ces 2 ans.

 

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Voilà tout ce que nous pouvons en dire pour l'instant. Notre priorité est avant tout de bien vivre notre présent ici, avec tous les projets que nous pouvons encore mener. Nous avons vraiment à coeur de ne pas écourter ces 3 mois, si courts mais où nous pouvons vivre encore tant de choses...

 

"Cueille le jour" est notre devise!

 

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Voici ma grande joie du mois que je souhaitais vous partager : l'ouverture de notre activité de centre social, une heure par semaine, le mercredi après-midi, ateliers ouverts pour les enfants non scolarisés auxquels se mêlent les autres enfants en vacances. Un bel exemple de mixité sociale.

26 enfants lors du premier atelier, ils étaient 48 lasemaine d'après et 55 enfants la semaine dernière! Quelle immense joie de les voir captivés par un conte, danser et chanter, comme ils savent si bien le faire. Prochain objectif : construction de jeux en bois grâce au trésorier d'AMM, Claude, qui nous a fourni livres et idées. Les enfants n'ont pas fini de se régaler, nous l'espérons ! Déjà 4 jeux construits grâce à nos voisins.

 

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Je ne me lasse pas de leurs yeux brillants lorsqu'ils retrouvent des goûts d'enfance, la saveur du jeu, de l'insouciance, même quelques minutes, même chez les adultes qui les accompagnent ...

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Le mois de septembre, c'est aussi l'accueil d'une nouvelle famille de coopérants DCC,

le Pic Boby Jp et moi sans enfants et avec nos copains Claire et Axel, 2 jours magnifiques de rando,

le "Veloma"  de ce couple de copains DCC, ici depuis 2 ans,

la fête des 10 ans du Relais Madagasikara et nos premières danses et concert malgache,

l'absence d'eau au quotidien car c'est la saison sèche, (d'où une logistique nécessaire avec bidons)...

Et toujours beaucoup d'enthousiasme à être là !

Côté travail, vous pourez lire notre CR AMM qui paraîtra d'ici peu.

Mandrapiohana. See you soon.

 

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10 septembre 2018

Les chic'ouf quittent Mada à la fin de l'année !

 

Après plusieurs mois de tergiversations, nous avons finalement arrêté notre décision Manuela et moi de ne pas renouveler notre contrat de mission et de terminer notre année fin décembre.

Plusieurs raisons motivent ce choix difficile. Difficile car la mission est passionnante de par la liberté d’action que nous avons ici d’entreprendre tous les projets que nous souhaitons, de par les résultats que nous obtenons, de par les personnes formidables que nous rencontrons.

Il est vrai qu’il sera difficile de retrouver la vision « étriquée » de notre travail à notre retour, où tout est segmenté, morcelé, hiérarchisé et où tout prend du temps par la lenteur de l’institution.

Cependant, plusieurs aspects sont fatigants ici à Fianarantsoa.

Un volontaire, nous avait confié une fois que ce « pays est usant ». Une phrase que nous n’avions pas comprise sur le moment. Depuis, nous l’expérimentons chaque jour.

En effet, les sollicitations du fait d’être des étrangers et d’être assimilés forcément à des personnes ayant de l’argent, ne cessent d’attirer les convoitises de récupérer quelques billets, de demander des avances ou encore des cadeaux injustifiés. Dire non dans un pays où on ne dit pas non n’est pas chose aisée.

Nous n’avons jamais entendu en 9 mois, ce petit mot malgache : « Tsia » qui veut dire non et pour cause car complètement tabou.

C’est de l’ordre de l’inconcevable de dire non alors les parades sont nombreuses : dire oui et trouver des excuses pour ne pas le faire, dire peut-être, peut-être pas, ça pourrait se faire, pas aujourd’hui et j’en passe. Cela afin de ne pas « couper » la relation. Par conséquent, on ne sait jamais trop sur quel pied danser, si les choses se feront ou encore si les rendez-vous seront honorés.

Un autre aspect usant tient dans le fait de ne pas dire. On ne dit pas quand on n’est pas d’accord. On n’exprime pas ses émotions. Seule la joie est autorisée à être expressive, exubérante même.

Du coup, tous les malentendus, toutes les incompréhensions, tous les sentiments d’injustice, tous les quiproquos restent et ne sont pas libérés. Forcément, le temps faisant son ouvrage, les tensions croissent et finalement les personnes s’en vont du jour au lendemain sans trop qu’on sache pourquoi.

Pour ne pas « perdre la face » selon leur propre expression, pour rester à sa place, dans le moule, ne pas faire de vague, se démarquer des autres, on ne s’énerve pas. Par conséquent, en cas de désaccord entre un étranger et un malgache (car entre deux malgaches le désaccord n’est pas exprimé), si l’étranger monte le ton, la personne malgache parle moins fort qu’il n’a commencé.

Là où on aimerait du répondant, quelqu’un qui expose ses arguments, contre-attaque, il n y a rien.

Désolé pour la comparaison mais c’est comme s’apprêter à taper dans un sac de sable et finalement taper dans un sac vide. C’est déroutant !

Passées ces divergences de l’ordre du choc des cultures, il y a d’autres raisons pour lesquelles ne pas continuer et notamment le manque de vie privée, d'intimité.

Ce petit sas d’intimité qu’on aime tous retrouver qui est souvent son chez soi.

Dans une culture où la vie privée est mélangée à la sphère professionnelle, où il n y a pas de séparation entre l’individuel et le collectif, nous nous retrouvons constamment dérangés les week-ends, les soirs et même les nuits (bien que les nuits soient uniquement pour les urgences médicales et sur notre demande).

Notre solution pour être tranquille les week-ends est la fuite. Partir se balader ou aller chez des amis pour être tranquille. Impossible de se poser simplement chez soi à ne rien faire…

D’ailleurs, à chaque fois qu’on part, il y a toujours quelqu’un pour nous demander où l'on va, ce que déteste Manuela qui se sent fliquée. Je pense que c’est plus de l’ordre de l’intérêt que tu portes à l’autre qui motive cette question, du "prendre soin"..

Une autre raison à notre départ concerne "le nerf de la guerre" : l’argent.

Financièrement, il ne serait pas tenable de tenir 8 mois de plus. Il y a de gros postes qui grèvent le budget : la voiture, l’école, Internet,…

Quoi qu’il en soit, nous sommes bien avec notre décision. Depuis que nous avons annoncé notre départ à la DCC et AMM, ils nous ont déjà trouvé des remplaçants. Une famille qui remplace une famille.

Nous travaillons à tout mettre par écrit pour une bonne passation. Passation que nous pourrons déjà faire avec Ophélia, infirmière qui nous rejoint au mois de novembre et qui restera à Padre Pio jusqu’en février, date d’arrivée de la nouvelle famille. Ils auront pour mission essentielle de suivre les projets lancés, évaluer leur pertinence, suivre la gestion du dispensaire et développer d’autres projets selon leurs sensibilités.

Quant à nous, que ferons nous au mois de janvier ? A l’heure actuelle, nous ne savons pas encore.

Nous avons quelques projets en têtes et quelques destinations autres que notre retour en France qui ne devrait pas se faire avant l’été 2019.

On ne manquera pas de vous tenir au courant quand cela deviendra plus concret. Nous passons désormais de nombreuses soirsées à la recherche active d’un « après mission » qui est un sens pour nous, en cohérence avec ce que nous vivons.

 

 

 

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30 août 2018

Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins...en Karenjy !

2800Kms, 75h de route sans compter les pauses, les pannes et les temps d'attente : un vrai Road Trip sur les routes malgaches si réputées ! 
Une des routes "de l'impossible" se situe à quelques kilomètres de là où nous étions sur la côte est : nous en avons vu un aperçu. 90 kms en 4h de temps, qui dit mieux ?

Pour vous donner un échantillon de nos 3 semaines de périple et de vadrouille, du sud ouest à l'est en passant par l'île de Sainte Marie, voici quelques photos.

Notre "Karenjy" qui nous a menés tous les 7 à bon port !
Taxi brousse "La Bomba"
combien de personnes dedans à votre avis ?

Dans une forêt de baobabs, ces arbres centenaires
 
Dans les mines de saphir, en plein soleil
Premières rencontres à Ifaty, à la recherche de coquillages et de crabes pour le repas du soir
           
Pirogues des pêcheurs nomades de la côte sud-ouest : les Vezo
On découvre les calamars géants : impressionants !
Le premier crabe de Yanaël !
Un "capitaine"
Dans le massif de l'Isalo
Joshua, captivé par cette petite tortue terrestre
Un petit hérisson encore endormi, caché dans un morceau de bois avant qu'on le déniche
                                                  

Karenjy "passe-partout". Et ce n'est pas un 4*4 !

Plages d'Ifaty
A Andasibe, découverte de l'Indri Indri : 
ils ne sont pas domestiqués mais on aurait cru !

 

Poulpe et calamars ce soir : première fois que j'en prépare !
                                      
Vacances des premières fois :
 7h de kite surf pour Jp,
 Baptême de plongée offert par Lyly et François, merveilleux !
Notre clown légendaire
l'ïle aux Nattes, au sud de l'île de Sainte Marie



Vue sur Antananarivo

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10 août 2018

La dernière semaine...

Avant les vacances !

 

Une semaine qui fut passionnante et foisonnante.

Elle a commencé par ma première séance de formation de réanimation néonatale aux sages-femmes.
 

Puis l’arrivée de mes beaux-parents : séquence émotions !

Grande effervescence pour les enfants, retrouvailles et cadeaux. Cela m’a valu de grands questionnements (oui, vous avez l’habitude, c’est régulier chez moi) : cette avalanche de cadeaux, rappel de la société de consommations a créé en moi un grand hyatus douloureux: appartenance à un pays où on déborde de tout et ici, mon pays d’adoption où chaque boîte de conserve et carton est vu comme un trésor.

Comme il m’est difficile de composer avec ces deux choses : cette société d’un côté à laquelle j’appartiens même si je ne me sens pas proche de cette outrance de consommation et la misère de mon pays d’adoption à laquelle je colle parfois trop, avec une culpabilité d’être riche dans un pays si pauvre, qui n’aide personne au final.
 

Passé ce moment, nous avons dégusté le fait de « faire découvrir » le dispensaire, notre quotidien (coupure d’eau 3 jours d’affilé sur les 5 passés à Fianar !), nos collègues, nos balades, le marché, les artisans/artistes que nous connaissons…


 

 
 


 
Côté travail, la semaine a continué avec la rencontre d’une personne très sympathique, Désiré, coordinateur des actions du diocèse qui a bien compris nos demandes et besoins au dispensaire et animera une formation de gestion et management à différents collègues en septembre. Une idée que nous souhaitions vite mettre en œuvre en vue d’assurer les différents objectifs de perrénisation de nos actions. (un peu pompeux comme phrase mais vous avez compris le sens !)

Gros travail d’électricité mené par Jean-Phi et son papa pour rendre le dispensaire indépendant de notre habitation (les plombs sautant plusieurs fois par soir, à chaque fois que le studio du dispensaire était habité par un hôte). Autre travail d’envergure, la mise en place de la radiographie dentaire, donné au dispensaire, qu’il fallait accrocher et raccorder électriquement : ça fonctionne ! Chouette. Maintenant, il nous faut trouver quelqu’un qui veuille bien former nos deux dentistes pour faire et lire les radios dentaires.

Côté échographie, un médecin viendra prochainement (nous espérons dès août) réaliser ses échos au dispensaire : il nous a bien confirmé que notre nouvel « aloka » était bel et bien le meilleur de Fianarantsoa ! Une rétribution au dispensaire nous permettra d’assurer un peu plus les rentrées d’argent mensuelles.

Une nouvelle joie pour moi : 5 nouvelles inscriptions à la Mutuelle. De nouvelles familles qui pourront venir se soigner à un coût moindre. Nous allons travailler à la rentrée sur une nouvelle idée de formation des bénéficiaires à l’épargne, afin de permettre une meilleure compréhension de l’intérêt de « mettre de côté » de l’argent pour leur santé, pour l’école, etc. Je suis très enthousiaste car si l’on ne travaille pas sur le versant éducationnelle des familles, la mutuelle ne sert presqu’à rien, puisqu’une fois les fonds que nous avons terminés, il n’y aurait pas de suite.
 
Tolojanahary, mon "chouchou rescapé" et son tout jeune petit frère, 
accompagnant leur maman à la mutuelle
 

Enfin, la fin de semaine a été marquée par un nouveau partenariat tout juste créé, avec la fondation Akbaraly et une ONG italienne, « La Vita Per te ». Elles œuvrent ensemble pour le dépistage, diagnostic et traitement des cancers de la femme (entre autres). Une fondation qui œuvre d’arrache pied et fait un travail formidable de sensibilisation et de dépistage sur toute l’île. Plus de 8000 femmes ont été dépistées, sensibilisées et traitées en 2017 contre quelques centaines 7 ans auparavant. Ils font référence dans ce domaine pour tout Madagascar grâce entre autre à leur laboratoire d’analyses.

Ils ont  accepté très volontiers de former les 3 sages-femmes du dispensaire, auxquelles je me suis associée. J’ai ainsi pu voir quelle place nous pourrions prendre au dispensaire, dans cette sensibilisation et ce dépistage. Mes collègues comme moi étions vraiment ravies. Elles ont elles-mêmes demandé à revenir pour apprendre « en pratique » et améliorer leur clinique (examen des seins, frottis cervico-vaginal, examens de labo…).

Je leur ai proposé de commencer dès le mois d’août la sensibilisation, les dépistages (avec du vinaigre blanc sur le col de l’utérus, c’est tout !) et les orientations vers la fondation…
 
Les enfants accueillis au dispensaire pour le projet malnutrition:
nous débutons un début d'activités de "centre social", je vous expliquerai en septembre, mon nouveau "bébé" !
 

 
C’était un post un peu fourni de détails professionnels et pratico-pratique de notre quotidien mais je pense qu’à travers ces lignes, vous avez compris combien nous sommes en train de remonter la pente du moral, avec plus de réalisme sur le pays et toujours autant d’enthousiasme pour cette mission qui, franchement continue de nous passionner !

Les enfants eux vont très bien. Ils nous ont permis de travailler malgré leurs vacances en jouant presque chaque jour tous les trois avec nos voisins : constructions de cabanes et jeux, pistolet ou autres armes (!) à tailler dans le bois, cache-cache, jeux de société, balades en vélo dans le quartier…

Et le soleil revient depuis 10 jours…début de la vraie saison sèche. ça donne vraiment du baume au cœur ça aussi ! L’approche des vacances « road trip »nous réjouit également!
 
Notre première étape : Ifaty, à côté de Tuléar dans le sud,
nos premiers baobabs !
 

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20 juillet 2018

Anniversaires, convivialité, amitié

Ce début du mois a été ponctué des nombreux anniversaires de la famille :

 

Après Joshua au Tsaranoro, c‘était pique-nique /dîner avec les copains devant le match des 1/8e de finale, avec la télé de la famille des voisins (notre sage-femme Cynthia). Pop corn et gaufres avec les voisins qui découvraient tout cela : c’était vraiment chouette ! Puis chamallow grillés sur le fatapair : une découverte aussi pour les copains malgaches invités!
 
 

 

Rando magnifique avec un beau point de vue à 180° et pique nique pour mon anniversaire. 
 

Autres moments conviviaux autour des 1/4 de finale de la coupe du monde, toujours avec nos voisins, toujours avec gaufres,pop corn, bières et sirops (on a cherché à retrouver nos compatriotes pour la demie-finale et la finale !). 



 

Arrivée de nos amis Romary (parrain de Yanaël) et Isabelle avec leurs deux filles. De vrais moments de convivialité , d'amitié et de simplicité ensemble ;

 

Ils nous avaient fait une sacrée surprise : nos enfants avaient envoyé des dessins à leurs classes et en réponse, chaque élève avait réalisé un dessin pour Joshua ; pour Noé, chacun des élèves d'une autre classe avait écrit une lettre. Que de lectures passionnantes pour lui, qui lui permettent de retrouver un peu de l’ambiance d’une école française, qui lui manque de temps à autre ! 
 
             

 

 

 

Merci Marion, car c’est ma cousine, la professeure des écoles à l’initiative de ces lettres !

 

Spontanément, le grand ami Albert et ses cousins ont choisi des dessins et y ont répondu.

 

Un bonheur de voir cet échange interculturel !

 

 

 

 

 

Voici mes nouveaux questionnements durant ce temps hivernal : et si le temps ici était vécu comme on me l’a conté en Côte d’Ivoire ? C'est-à-dire que « c’est l’évènement qui crée le temps ».

 

Je vous relate les méandres de mes pérégrinations intérieures. En voyant chaque jour la plupart des gens attendre le client, LA personne qui viendra leur acheter 2 tomates dans la journée…et sourire en regardant ce qui se passe autour. Je me dis avec des yeux d’européens : c’est vraiment terrible ces journées qui s’égrènent sans qu’il ne se passe rien. Comment faire pour ne pas être aigri lorsque son voisin de gargotte ou de marché a fait une vente et pas moi ? Que chacun a besoin de ce peu d’argent pour vivre ?
 
 

 

Peut-être, c’est mon hypothèse du moment, que le temps n’existe, ne compte que lorsque que quelqu’un arrive? Que le vendeur n’attend rien de la journée ? Et il n’est donc pas frustré et garde son sourire; il attend seulement. C’est le client qui arrive devant lui qui crée cet évènement dans le temps de sa journée ?

 

Finalement, c’est d’être dans l’attente (d’une vente par exemple) qui crée l’espoir et la déception si elle ne se conclue pas.

 

En parallèle, je me demande : dans les « on-dit » qui sont véhiculés, on dit que les malgaches sont paresseux. C’est peut être juste qu’ils s’animent lorsqu’il y a quelque chose qui se passe, au présent ! Car lorsqu’il y a un évènement, ils sont là pour organiser !
 
 

 

Je vous raconte aussi un sujet intéressant que l’on m’a soumis : un jésuite a inventé une technique révolutionnaire rizicole. La méthode SRI qui a largement fait ses preuves en améliorant par 3 les rendements des récoltes grâce à une meilleure gestion de l’irrigation.

 

Toute l’Asie a adopté cette technique. Seuls 10% des paysans malgaches l’utilisent. Pourquoi ?

 

- Parce que leurs parents ne l’utilisaient pas ; ils ne respecteraient donc pas la tradition en faisant autrement. Cela s’apparenterait à défier leur père et donc à être exclus de leur communauté familiale.

 

- Parce que même en ayant testé que le rendement augmente une année, il ne verrait pas l’intérêt de changer toutes ses méthodes l’année suivante puisqu’il a pu amasser suffisamment cette année-là.

 

Autour de cette question de de la culture du riz, je ne peux m’empêcher de faire une analogie avec ce que nous faisons au dispensaire. En voyant que ce que nous avons mis en place marche, comment faire pour que cela perdure ?

 

Pas défaitiste, pas pleine d’espoir, juste en questionnements, toujours …
 
 

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26 juin 2018

A tous les amateurs de grimpe, varappe, amoureux des grands espaces : la vallée du Tsaranoro

Notre vedette pour ses 6 ans


3 jours de bonheur dans ce lieu idyllique, pour fêter l’anniversaire de Joshua, ces 6 ans, déconnexion bienfaitrice du travail…
 


 
Après une vraie organisation à la malgache (= de dernière minute !), nous nous sommes décidés pour couper 3 jours du quotidien et s’octroyer détente, rando, temps de qualité en famille et nature !
 


Mes premiers 120m en falaise, initiation pour Joshua et Noé
Nous réalisons une nouvelle chose ces derniers jours, que ce qui nous pèse au quotidien actuellement est le fait de ne pouvoir « décrocher du travail ».
 


Falaises du Tsaranoro, mondialement connues
Ici, pas de séparation de l’église et de l’état ; il semblerait qu’il n’y ait pas non plus de séparation du privé et du social / professionnel. Or, nous vivons dans l’enceinte du dispensaire !


Par ailleurs, nous avons fait le choix, sans en mesurer les conséquences il y a quelques mois, d’ouvrir le dispensaire 24h/24h et 7j/7j ainsi que le restaurant des bébés du lundi au samedi ; nous ne regrettons pas car l'affluence est là. 
 



Qu’est ce que cela veut dire pour nous ? Si nous sommes présents chez nous : interruptions diverses et variées dans notre vie privée, jours/ nuits…et week-end !


Ayant pris conscience de cela, nous réfléchissons à des solutions pour  tenir dans la durée et des week-end comme celui-ci en fait partie !
 
 
ps : un petit clin d'œil aux amateurs d'escalade(Clem, Flo, Lyly, Tom…). Je venais de lire il y a quelques mois, À la verticale de soi, que ma sœur m'avait offert, livre de Stéphanie Bodet, grande grande grimpeuse. Livre que je dégustais en Espagne devant les autres célèbres falaises mondialement reconnues de Los Riglos. C'est avec Arnaud Petit que je discutais au Tsarasoa (notre campement "Permalodge" , magnifique dans la vallée du Tsaranoro); son mari, grimpeur mondialement connu aussi ! Par pur hasard et il repartait en France quelques heures plus tard ! 

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19 juin 2018

Spéciale dédicace aux sages-femmes et nos chers gynécos

Tout d’abord, bonne nouvelle, notre période de crise aigüe semble passée !



Nous nous sentons mieux , un peu moins envie de rentrer en France et l’enthousiasme qui revient pour cette deuxième partie de mission qui commence : réfléchir uniquement (ou presque) en terme de pérennisation de nos activités. Se poser pour « faire avec eux » et non « pour eux » ; 
Soit : déléguer, réfléchir avec l'équipe aux dysfonctionnements, lors de nos réunions hebdomadaires par exemple, tester avec eux les propositions soulevées…C’est déjà ce que nous avions commencé de faire mais là, nous accentuons cette question. Avec l’affluence des patients qui arrivent depuis quelques semaines, c’est autant de nombreux nouveaux problèmes à résoudre et de questions  soulevées.



En parallèle, la fin de l’année scolaire approchant, nous commençons de penser aux vacances, aux premiers amis qui arrivent d’ici peu, aux anniversaires des enfants qui se rapprochent. C’est aussi un autre temps de notre mission car dès que les enfants seront en congés, le rythme de travail sera automatiquement différent. Nouvelle organisation à créer !
ça promet !
Bon, j’en viens à ma dédicace de ce soir : nous révisons chaque page du traité d’obstétrique ici.


Pendant que notre chef bien aimé, Alias Alain pour ne pas le citer, s’en va fêter sa retraite ce soir !


Alors, écoute, tes élèves ne s’en sont pas mal sortis, d’un siège complet, dos postérieur, relèvement des bras et rétention de tête dernière. Pour notre chance, il ne pesait que 2800g  et nous étions tous les deux Jean-Philippe et moi de garde (car les 2 autres sages-femmes avaient fait un sacré nombres d’heures cette semaine-là ; mais ça, c’est une autre histoire).


Quant à aujourd’hui, jour officielle de la fête de ta retraite, c’est une hémorragie cataclysmique de 2,3 L en moins de 30 min! Beaucoup de peur, et d’efficacité aussi !


Elle est vivante, souriante et l’hémorragie semble (enfin, on croise quand même encore les doigts), endiguée ! Tous les conseils, conduites à tenir et protocoles de nos amis de la mat de Thonon, sages-femmes et gynéco étaient avec nous. 

Merci à tous !




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07 juin 2018

Au creux de la vague

Voici la courbe du volontaire.
Le cercle vert montre là où nous en sommes.
Notre moral en a pris un sacré coup cette semaine.
Lors de notre formation avec la DCC, on nous avait présenté ce schéma. Et ça y est nous y sommes (même si on avait le secret espoir qu’à nous, cela ne nous arriverait pas) comme tous les volontaires.
Nous avons eu une vive altercation avec une grosse partie de l’équipe.
En quelques mots, ils nous reprochaient la création du nouveau projet que Manuela et Claudine avaient débuté sur un Programme de Nutrition Supplémentaire pour les enfants dénutris. Projet que nous financions, grâce aux dons que Claudine a reçus. Pour eux, « les pauvres » ne payaient pas assez, cela ne rapportait pas suffisamment au dispensaire. Ils préféraient qu’on paye leurs salaires plutôt que de faire un autre nouveau projet…. Cela ne coutait pas un centime au dispensaire, il n’y avait pour eux que des rentrées d’argent. Tout le matériel, la nourriture (Koba Aina) et l’animatrice étaient payés sur les fonds de Claudine avec plusieurs mois de fonctionnement d’avance.
De plus, ils pensaient que nous prenions dans la caisse du dispensaire pour financer en partie cela, ce qui n’est pas le cas !
Je leur ai alors présenté ce que nous avions déjà financé pour le dispensaire en médicaments, rénovation, achat de matériel, salaires et même arriérés de salaires.
Ils m’ont demandé d’assurer leur salaire à la fin du mois pour qu’ils trouvent de la motivation dans les projets que nous proposons.
Je leur ai répondu qu’en tant que volontaire, je ne suis pas venu pour payer leur salaire et que je ne pouvais rien promettre ne sachant pas le nombre de patients qui consulteraient. Depuis, plusieurs mois, nous travaillons à cela. 
Je leur ai fait également remarquer que depuis notre arrivée, ils étaient tous payés intégralement et qu’ils avaient reçu un double salaire pour Pâques ! J’ai ressenti beaucoup d’ingratitude !
L’envie de faire ses valises et rentrer était bien réelle cette semaine.
 Bref ! Nous allons remonter progressivement la pente.
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Heureusement, Claudine est là. Rappelons que Claudine est le médecin qui nous a rejoint pour un mois. Elle nous remonte le moral, nous apporte une bouffée d’air même si elle partage le même constat.
Que s’est-il passé ce mois-ci ?
Manuela avait préparé la venue de Claudine et dès le lendemain de son arrivée, toute l’équipe se formait aux questions de malnutrition et à la préparation de la Koba Aina (avec l’ONG GRET).
C’est une poudre constituée de plusieurs aliments (maïs, arachide, riz, fer, iode et 13 vitamines)  qui permet une fois reconstituée en bouillie, d’assurer tous les apports nécessaires à un bon développement staturo-pondéral des enfants dénutris. En un mois seulement de traitement, on voit déjà une poussée de croissance. C’est notre premier projet qui est de l’ordre de la prévention. Et dans ce pays, c’est plus que nécessaire. Cela répond à une vraie demande car dès le deuxième jour, nous avions déjà 13 enfants ! Et depuis, tous les jours, une dizaine de personnes dans la cour attendent. Cela crée de la vie dans ce dispensaire. Le bouche à oreille marche bien et cela a pour conséquence d’augmenter la fréquentabilité du centre.
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Autre projet : le financement par AMM de l’incinérateur pour pouvoir brûler, comme l’exige la loi, nos déchets de santé. Il est terminé et fonctionne à merveille. C’est vraiment un plus dans la rigueur dont le dispensaire a besoin. Nous adressons un immense MERCI à AMM. Merci également à Vincent Pirritano qui a piloté à distance le projet et à éviter des erreurs dans la construction.
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Nous avons passé une annonce sur la radio catholique pour le dispensaire pendant deux semaines. Nous y faisons la « publicité » de tout ce que nous proposons au dispensaire, ses horaires d’ouverture ainsi que ses nouveaux projets.
Nous nous sommes renseignés à la mairie pour l’installation de panneaux signalétiques et nous allons en installer à deux endroits stratégiques de la ville.
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Une de nos deux préparatrices en pharmacie s’en va, Basilisse, présente ici depuis la construction du dispensaire ; elle a réussi son concours d’entrée dans la fonction publique administrative.
Une des deux nouvelles sages-femmes voit son contrat en période d’essai arriver à terme et va pouvoir se reposer pour accoucher un mois plus tard, en juillet…
Il faut donc réfléchir à une nouvelle façon de procéder pour continuer d’ouvrir tous les jours et toutes les nuits tout en respectant le code du travail malgache. J'ai rencontré d’ailleurs le RH du CERES ce lundi pour qu’il m’aide à ce sujet.
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Enfin, je souhaite envoyer les deux sages-femmes restantes, se former aux techniques de laboratoire pour que cela ne repose pas que sur moi. Elles sont d’ailleurs très motivées pour apprendre. Les plannings ne sont donc pas simples à créer.
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Une bonne nouvelle est le nouveau partenariat mis en place avec les enfants du CERES dont nous vous avions parlé le mois dernier. Tout s’est très bien passé. Les jeunes, les professeurs qui les accompagnaient étaient ravis. Ils ont beaucoup apprécié les temps d’intervention sur les thèmes d’éducation affective et sexuelle que nous avons lancés la première fois et que les collègues sages-femmes ont ensuite repris.
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Côté ADSL, le projet est en cours, nous avons des familles intéressées et j’ai fourni les plans de repérage ainsi que les coordonnées de chacun à Telma. Ils doivent maintenant étudier la faisabilité par rapport au coût qu’ils engagent de leur côté (1/3 à leur charge). L’agent m’a expliqué que l’année dernière, il y avait déjà eu une demande qui a été refusée par Telma. Cela devrait prendre du temps désormais car il m’a confié que cela allait « trainer »…
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Ce mois-ci, tous les employés ont été payés malgré d’importantes factures de médicaments médicaux et dentaires. L’activité est importante. C’est pour nous encourageant.
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Nous allons dorénavant passé dans une deuxième phase de notre coopération, qui est celle de la pérennisation des projets en cours. Nous restons sceptiques quant à ce deuxième versant. Un des points de vue partagé par les autres coopérants vivant dans la même ville que nous est que si un vasaha n’est pas à la tête d’un projet pour le diriger, les projets finissent par capoter… Et c’est un constat amer. Je ne pensais pas un jour penser cela.
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Le directeur ayant été encore absent pendant plus de deux semaines, nous avons à nouveau « tout » géré au dispensaire…
Il est également le responsable de sa communauté de capucins et depuis une semaine l’économe car ce dernier s’en est allé à Tana (voulant fuir la trop grande responsabilité qui lui incombait dans sa communauté)… Autant vous dire que sa présence se fait rare et qu’il a grand besoin d’aide, ce que nous assurons avec Manuela pour le moment, mais après ? 
Nous avons cherché de l’aide du côté du Centre de Santé Diocésain dont nous dépendons mais sans grand succès. Nous cherchons encore.
Nous allons dresser une liste de ce que nous faisons au quotidien, afin de dresser un profil le plus juste possible d’une personne qui pourrait prendre notre suite.
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 Une autre très bonne nouvelle est la réception hier soir de notre échographe au dispensaire !!!
Nous vous adressons encore un grand merci : l’équipe est aussi enchantée que nous !
Pendant le transport, il a été endommagé sur sa coque mais tout fonctionne à merveille.
Pendant le premier mois, nous allons faire un prix attractif pour les échos anténatales puis ensuite un coût moindre par rapport à d’autres endroits en ville, histoire encore d’augmenter l’activité. Je formerai ensuite les sages-femmes à son utilisation et nous le louerons à des spécialistes qui ont besoin d’un doppler.
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Lors de cette crise le père Cyrille a reconnu une part de responsabilité dans le manque de communication et s’est engagé à mieux le faire. Les réunions hebdomadaires que nous avons initiées il y a quelques semaines permettent désormais à l’équipe d’être au courant, de s’approprier les projets, d’exposer leurs idées et de remonter les appréhensions ou ce qui ne va pas.
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Manuela dont sa qualité à créer du lien n’est plus à démontrer pour ceux qui la connaissent a organisé un repas d’équipe lors d’un midi où toute l’équipe était conviée. Elle nous a cuisiné de formidables lasagnes.
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Depuis quelques temps, nous rencontrons des familles démunies n’ayant pas d’argent pour se soigner. Pour ces familles les soins sont gratuits et les médicaments à la charge du dispensaire. En contre partie, Manuela a proposé (afin de ne pas être dans l’assistanat) de rendre un service en échange. Et cela fonctionne bien. Ils viennent quelques heures pour travailler (nettoyage de fond du dispensaire, jardinage, entretien,…). Cela semble convenir à tout le monde.
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La fête des 10 ans approche à grand pas (le 9 juin). Ils semblent commencer à s’y préparer. Tout se fait dans les dernières 48h ici : c’est bien déboussolant pour nous français ! Ce sera une porte ouverte pour que la population (re)découvre le dispensaire et ses équipements de qualité. Il y aura des stands de nourriture, de boisson, de jeux, de la musique, etc. Le 8 juin, nous proposerons 10 circoncisions gratuites aux personnes les plus démunies et la consultation dentaire sera gratuite.
 Enfin, il y aura une quarantaire de personnes qui seront invitées à un repas.
Comme vous pouvez le lire, nous ne nous ennuyons toujours pas et malgré le moral en berne, la mission reste passionnante car nous rencontrons énormément de personnes intéressantes et les projets que nous menons nous animent parce qu’ils sont orientés vers les plus pauvres.

Posté par Jean-Phi Lambert à 20:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]

28 mai 2018

La tempête apaisée...

La fin du mois suscite chez moi une envie de relecture, nécessaire et salutaire, je dirais presque.

Le besoin de faire un point sur ce que je vis, ce que nous vivons après 5 mois passés ici.


Nous sommes face à des situations répétées de personnes résignées ou passives, des gens qui attendent que nous fassions pour eux, comme si c’était normal. Face à cela, nous oscillons donc avec de fortes envies de rentrer, des sentiments de révolte de ne pas voir le peuple malgache se soulever par lui-même, prendre des initiatives, prendre en main leur pays.
 
Avec une partie de l'équipe devant notre bel incinérateur, financé par AMM : Merci !
 


Là, j’avoue que c’est notre foi qui nous fait tenir, qui nous redonne l’espérance au quotidien pour apprécier, entreprendre, agir et chercher des solutions avec eux !
Lasagnes-party pour essayer d'instaurer plus de convivialité dans notre équipe
 


Grosse remise en cause de ma part en me disant que nous n’avons peut-être pas su susciter la coopération dans notre équipe, que nous n’avons peut-être pas réussi, ne serait ce qu’un peu, à « faire avec » mais « faire pour », malgré nos efforts. Moi qui aime tant ce « faire avec », le constat est rude. Constat non figé non plus car nous pouvons encore essayer de travailler ensemble pour le dispensaire.
 
Début de notre projet d'Hotelyn Zaza avec Claudine : déjà du succès après 3 jours !
Ils sont trop mignons ces enfants !

Nous avons eu une réunion-crise la semaine dernière qui m’a valu des larmes (ça n’étonnera pas non plus ceux qui me connaissent !), une grande tristesse et de la colère devant des frustrations de l’équipe qu’ils nous ont exposés. Ils nous ont présenté leur angoisse de ne pas être payés à la fin du mois, l’incertitude de retomber dans la même situation qu’avant notre venue, une fois que nous serons partis ; leur incompréhension à nous voir dépenser pour des projets autour du dispensaire et de laisser entendre qu’il n’y aura peut-être pas assez à la fin de ce mois pour payer les salaires. Tout ceci, je l’entends fort bien. Cela doit être tellement insécurisant de ne pas savoir s’ils auront de l’argent ou non pour faire manger leurs enfants…Mais par ailleurs entendre que c’est à cause de toutes ces dépenses de notre part alors que nous n’avons jamais pris un centime dans la caisse du dispensaire, qu’il n’y a plus assez pour payer les salaires ou qu’ils ne comprennent pas pourquoi nous ne payons pas les salaires, c’est juste inaudible pour nous !


S’en est suivie une longue présentation Power Point l’après-midi que Jean-Philippe avait réalisée, afin de leur présenter nos dépenses pour venir ici, notre appel aux dons, les dépenses que nous avions faites pour Padre Pio (dont les aides aux salaires et arriérés en plus du reste) et le fait que l’argent qui nous avait été confié était destiné à des projets pour que le dispensaire fonctionne et non à payer des salaires ! Après cette journée de crise, la tension semble redescendue mais cela peut être juste en apparence…Ici, les choses ne se disent pas forcément par devant !
 
 


Notre ressenti à Jean-Philippe et moi : nous sommes face à un vrai choc culturel, à des gens qui ont une pensée si différente de la nôtre, qu’il nous faudrait changer de structuration cérébrale pour les comprendre. Nous sommes face à des situations inconcevables pour nous, avec notre pensée, sans même « pouvoir tenter » de les comprendre tant cela dépasse notre entendement.
 
Un exemple : l’adaptabilité poussée au paroxysme de nos collègues ; une ampoule ne fonctionnait pas dans la salle de bains du dispensaire à l’étage. Il a fallu que Claudine (notre médecin bénévole actuellement avec nous) nous le signale puisqu’elle en était gênée pour se doucher! Personne, en 5 mois ne nous l’avait dit. De même qu’un évier bouché pendant 5 mois, rempli d’eau ne gênait personne. Des exemples comme celui-ci, nous en avons à la pelle !



 
 
Ces situations et notre vécu actuel me mettent en route sur de nombreuses réflexions, comme celles-ci : finalement, est ce possible de penser aux autres, à des actions « citoyennes » ou au bien commun lorsqu’on ne peut pas se vêtir, manger ou se loger et que l’on est en charge d’une famille?


Que veut dire, investir sur des projets de moyen ou de long terme, avec des objectifs d’efficacité, de stratégie de développement ? Cela a-t-il un sens pour ce peuple qui, pour beaucoup, travaillent le matin pour nourrir leurs enfants le midi et l’après-midi pour nourrir leurs enfants le soir ?
 


Par chance, nous avons entre les mains depuis 3 jours un livre qui vient éclairer nos lanternes et qui dans ce début de lecture nous aide à retrouver du sens à notre présence ici. Un livre de Stéphane Urfer, jésuite, enseignant, écrivain et éditeur, vivant à Madagascar depuis 1974, et reconnu comme l’un des analystes les plus pointus de la société malgache. Une belle rencontre que nous faisons à travers ce livre intitulé : Madagascar, une culture en péril ?


Très à propos pour nos considérations actuelles.
 

Posté par Manuela Lambert à 20:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]

15 mai 2018

J'étais sur la route toute la sainte journée...

Un petit post plus léger sur les routes de Madagascar.

Il y a tant à raconter qu’on ne sait par où commencer.


Tout d’abord, on ne parle pas en km à parcourir mais en nombre d’heures de voyage tant les routes sont abimées ou tout simplement absentes.


La plus grande route qui traverse en partie l’île, du nord au sud est la fameuse RN7.


On peut s’attendre à une route correcte mais non, vous roulez tranquillement à 70 km/h ce qui n’est déjà pas si fréquent et au détour d’un virage vous pilez pour éviter un trou, que dis-je une crevasse de 2 mètres de profondeur, ou un éboulis.


Cette fameuse route « grouille » de personnes marchant au bord sans qu’on sache réellement où ils vont car le prochain village est à des dizaines de km. Ils semblent perdus en pleine nature mais ce n’est pas le cas, ils n’ont tout simplement pas peur de marcher. D’ailleurs je vous mets au défi de trouver une personne obèse. J’ai du voir en quatre mois deux personnes en surpoids léger.


Et si ce n’est pas les montées, les trous, les éboulis qui vous freinent alors ce sont les troupeaux de zébus qui vont vous faire rouler au pas, ou de canards, ou de chiens errants. Normal sur la RN7!


Sur cette route, vous pouvez aussi vous retrouver tout d’un coup sur une portion en terre, voire être déviés sur une piste pour contourner un pont qui s’est écroulé vers un autre construit à la hâte.


Quand on est en ville, c’est une toute autre histoire. Il nous faut nous frayer un chemin entre les personnes qui marchent au milieu de la route (normal !), les taxis qui s’arrêtent au milieu de la route pour laisser descendre quelqu’un (normal !) et les baramba sur lesquels ils entassent plusieurs tonnes de marchandises qu’ils poussent à plusieurs avec leur tête en montée et en plein cagnard.




Et ne croyez pas vous défouler sur le klaxon quand vous pilez derrière un taxi qui s’arrête sans prévenir car cet instrument sert à dire merci. En effet quand vous laissez passer quelqu’un, celui-ci vous remercie à votre hauteur par un coup de klaxon. Ce dernier sert aussi à avertir les personnes marchant au milieu de la route que vous arrivez. C’est marrant de les voir alors faire un saut de cabris sur le côté.


Les priorités sont à gauche et non à droite. Il n’y a quasiment pas de rond point et ce ne sont qu’un poteau au centre qui les matérialise.  Les feux tricolores, je n'en ai jamais vus !


Il y a parfois quelques policiers à des carrefours encombrés qui font la circulation en sifflant à longueur de journée et en de désarticulant. C’est plus rigolo à voir que réellement efficace !


Enfin, il faut être prêt à vous serrer ou monter sur les trottoirs devant les camions ou voitures qui déboitent devant votre nez car une voiture les gène. En France, si un obstacle nous gène nous cédons la place avant de passer sur notre gauche. Ici, il n’en est rien !


Sur les routes de Mada, hormis les personnes qui marchent dessus au lieu d’être sur les trottoirs,  on côtoie toutes sortes d’engins, de la baramba, en passant par le pousse-pousse à vélo ou à pied, ou encore le tuk-tuk motorisé, au taxi-brousse.
Un tuk-tuk. Vous trouvez ça flou. C'est normal, c'est Manue qui prend la photo.


D’ailleurs mieux vaut ne pas se retrouver derrières ses taxis-brousses très nombreux en ville qui sont vieux et polluants à un point tel qu’en montée, on ne voit plus la couleur du soleil.


A Mada c’est un comble !

Posté par Jean-Phi Lambert à 20:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 avril 2018

Des vacances pour les 5…sens !


 
Après une semaine de vacances sur la côte est, à Mananjary puis Manakara, nous avons découvert les villages de pêcheurs, leur pêche, leurs poissons frais succulents,
un rythme de vie qui semble moins aride que dans les terres betsileo, et toujours autant de couleurs et de sourires à admirer.
 


Plantations de vanille, girofle, poivre, café, baies roses… nous avons visité une plantation agro-touristique grâce à une jeune association de chrétiens, regroupés pour un développement commun et durable de leur pays. De la pépinière à l’assiette, nous avons suivi le chemin de vie de ces plantes si exotiques pour nous. Après une marche d’approche peu souhaité par notre progéniture, la dégustation de canne à sucre coupée devant nous et pour nous, a conquis les petits estomacs de nos bambins ravis.
 
 


Balade en pirogue le long du canal des Pangalanes, poissons, crevettes, crabes et langoustes grillés sur la plage avec notre guide Lewis, jeux dans le sable au bord de l’océan indien…Tempête et course des enfants sous la pluie : tout y est pour une vraie coupure de notre quotidien ! On se régale !

 
 
 


Après Mananjary, c’est à Manakara que nous avons passé 4 jours fabuleux de farniente avec baignades et grillades de poissons, achetés aux pêcheurs rentrants de la pêche.

 
Jusqu’à aujourd’hui où nous avons été sur une embouchure entre le canal des Pangalanes et l’océan, lieu extraordinaire où les lémuriens sont si apprivoisés qu’ils nous montaient sur les épaules : une expérience incroyable ! Crocodiles en captivité et tortues terrestres ont complété la visite.



 
 

Posté par Manuela Lambert à 20:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]

19 avril 2018

Sur les rotules mais contents !

 


Nous venons de passer ces 15 derniers jours à gérer le dispensaire entièrement, étant là comme les plus "anciens" du centre !
Après 3 mois ici, ça montre le tohu bohu du moment!
Le directeur était parti voir sa maman malade dans le Nord de l'île, Sœur Ernestine qui faisait l'accueil des patients et les encaissements, partie en retraite spirituelle à la Béatification de Lucien Botovasoa sur la côte est, malgache décédé en 1947; notre sage-femme toujours en congé mat, notre autre sage-femme bénévole, à Tana, notre femme de ménage remplaçante laissant la place à la titulaire avec qui nous faisons connaissance depuis et une de nos pharmaciennes en congé maladie durant 3 jours.

                       
Eh bien, nous n'avons pas chômé, d'autant que durant ces 15 jours, il y a eu une matinée consacrée aux 11 premières inscriptions à la Mutuelle avec le représentant, venu exprès au dispensaire pour faire signer les gens.
Une autre journée fut intense où plus de 70 patients sont venus pour une consultation ophtalmologique à moindre coût, organisée par un médecin de la ville; nous étions simplement prestataires mais cela nous a demandé un certain nombre d'organisations sur le tas.



ça,c'était la partie simple.
Petit rappel : nous accueillions également notre nouveau dentiste et notre nouveau médecin, cette même première semaine où nous étions seuls. Heureusement que nous avions nos deux nouvelles sages-femmes dynamiques et volontaires, embauchées 15 jours avant.
Lorsque le médecin a vu combien le dispensaire n'était pas à jour concernant la politique de santé publique, les recommandations, l'hygiène, etc (et qu'en tant que médecin travaillant ici, il en était le responsable; il s'est mis à voir rouge et à "booster" l'équipe, dans notre sens, pour que tout soit changé en un minimum de temps.)

Visite du Service du District de Santé Public à peu près tous les jours pour moi (à l'autre bout de la ville) afin de découvrir les services qu'il me restait à connaître : autour de la malnutrition, gestion des déchets, paludisme, vaccinations, médecin inspecteur, sage-femme...Quitte à traverser la ville, autant se faire connaître et tout remettre en ordre chez nous ! Je discutais, commandais des intrants de palu, créais des cahiers de tracabilité, de commande, des poubelles pour les déchets de soins...
J'ai l'impression d'efficacité en me lisant mais en fait sur les 4 jours où j'y suis allée : 1er jour : je suis arrivée trop tôt, à 8h 30, leurs services ouvrant à 8h, il n'y avait encore personne !Le 2e jour fut "efficace", le 3e jour, arrivée trop tard : à 15h quand le service ferme à 16h, il n'ya là non plus personne. Et le dernier jour où je viens comme ils m'ont dit, plutôt le matin, récupérer les tests de palu, arrivée à 11h30, il n'ya avait plus personne : normal, il ferme à 12h !
J'avoue qu'avec mon tempérament sanguin, difficile de rester calme. Quand l'adjoint technique me dit que c'est normal, que les fonctionnaires n'ont pas été augmentés cette année et donc qu'ils ne sont pas motivés, j'évite d'exploser de colère,  en riant et en lui disant que j'ai de la chance de le rencontrer, qu'il est donc motivé lui, puisque je le trouve ici à cette heure-ci !



Quant à Jean-Phi, il s'est lancé dans des devis et calculs pour la construction d'un incinérateur, avec un entrepreneur local. Achat de matériel, gestion des mails avec AMM et le CA...Gestion du personnel et de leurs récriminations, reprise des comptes quotidiennement, rédactions de multiples documents administratifs...

Grâce à l'inquiétude de notre médecin, nous avons du régler et mettre en place tout ceci en un temps record, inquiétude devenue nôtre, d'une inspection des services du district au vu de "nos" rapports mal remplis, de nos commandes erronées...Enfin, "nous", nous qui n'étions pas là à cette époque et qui essayons de réparer comme nous pouvons les pots cassés.


En parallèle, les femmes ont continué de venir accoucher : de un-deux par mois, nous en avons plutôt deux-trois par semaine, la nuit. ça tombe bien d'ailleurs car ce sont les seuls créneaux de temps qu'il nous restait !
Mon premier transfert au CHU devant une stagnation de la dilatation et tachycardie fœtale; emmenée par nos soins en pleine nuit, sans argent pour se faire opérer...
Puis 4 jours après, dimanche dernier, ma première hémorragie de la délivrance après un accouchement eutocique : j'ai appelé Jean-Phi pour qu'on soit à 6 mains pour gérer (avec la jeune sage-femme). Ma première Delivrance Artificielle/ Révision Utérine, sans anesthésie, sur rétraction du col. Elle avait déjà saigné 1L, moi pris 10 ans d'âge ! Le geste a suffi a stoppé net les saignements : nous avons poussé un "ouf de soulagement" avec Jp. Quelle joie ! Elle a sûrement eu horriblement mal mais elle va bien et son bébé aussi. Nous aussi !


Voilà, les jours continuent de se suivre sans se ressembler, la fatigue se fait bien sentir...mais demain soir, les enfants sont en vacances et nous partons au bord de l'océan Indien, à Mananjary et Manakara, pour une semaine. Nos premières vacances depuis notre arrivée, ça va nous faire du bien pour revenir frais et dispo (pas dit car au bord de la mer il fait chaud :))

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03 avril 2018

Un nouveau cap



Cette semaine, je n’ai pas envie de vous raconter ce que nous « faisons » au travail, la newsletter d’AMM en ce début avril vous donnera de plus amples informations. J’ai plutôt envie de donner un peu de nos nouvelles, de notre état d’esprit actuel.


Nous passons un nouveau cap ici, je dirais depuis une dizaine de jours où l’enthousiasme laisse plutôt la place à une descente douce vers plus de réalisme du contexte de ce pays. La DCC nous avait bien prévenus qu’autour de 3 mois de vie sur place, les illusions laissaient la place à plus de réalisme et je crois que nous commençons cette période.
 
Première expérience de corruption dans les soins qui m’a mis un coup au moral sur ma vision du pays. C’est tellement différent de savoir que la corruption existe et d’y être confrontée. En quelques phrases, je vous explique : le petit Franco qu’AMM parraine (hydrocéphalie majeure, âgé d’un an) avait besoin de recevoir une valve de dérivation du LCR, qu’on attendait depuis 3 semaines, envoyée par un médecin qui pouvait nous la vendre en ne payant que les taxes douanières, et donc 5 fois moins chère que le prix du marché ; ce médecin devait m’envoyer la valve depuis Tana. Les jours passants, ne la recevant toujours pas malgré mes appels répétés, après 15 jours d’hospitalisation de l’enfant, un des neurochirurgiens du service me dit qu’il en a une dans son bureau ! Il n’aurait pas pu me le dire tout de suite ? Il me demande mon prix. Je lui explique les difficultés que je rencontre pour en avoir une mais que je devrais la recevoir dans les jours qui arrivent ; il est ennuyé et m’invente une date d’opération très prochaine pour que je lui achète la sienne au plus vite. Je ne suis pas dupe tout de même ! Il est vrai que je veux surtout que l’enfant soit opéré au plus vite vu l’urgence de la situation (urgence qu’il ne manque pas de me rappeler pour que j’augmente le prix d’achat de SA valve). Avoir du négocier ce genre de matériel, avec la pression qu’il m’a mise pour que j’achète SA valve ainsi que d’avoir du endurer les avances de ce médecin libidineux et ne recevant toujours pas la valve de Tana, je lui achetais donc la sienne, non de gaieté de cœur, vous avez compris.


Ce n’est qu’une expérience parmi d’autres que nous vivons en ce moment mais devoir monnayer lorsque la vie d’un enfant est en jeu est  bien difficile pour moi !


Je ne dirais pas du tout que la période que nous vivons est sombre malgré ces dernières lignes, c’est juste que nous découvrons aussi d’autres aspects de Madagascar, moins glorieux.


En parallèle, nous sentons que l’équipe nous fait de plus en plus confiance, nous rigolons ensemble pendant les repas, un début de complicité se met en place, c’est agréable. Nous commençons à être connus et reconnus dans ce que nous faisons.


Les projets avancent malgré les embûches, on travaille quand même moins tous les deux, depuis 10 jours que nous avons nos deux nouvelles sages-femmes embauchées. Une détente psychique non négligeable !


Je vous partage aussi une expérience qui m’a enthousiasmé il y a une semaine. J’ai demandé à un médecin volontaire depuis 6 ans ici, française, de la suivre une journée dans ses consultations. C’était passionnant ! Entre visites médicales des enfants aveugles qu’elle suit et connaît très bien, ses soins en aromathérapie avec les huiles essentielles, les visites à domicile auprès de personnes dans une "précarité sans nom", les séances de réflexologie plantaire et les enfants des rue accueillis dans un collège pour des journées d’alphabétisation, un régal pour ma curiosité d’apprentissage.
J’ai déjà acheté les huiles essentielles qui me manquaient pour commencer à proposer quelques remèdes aux patients, qui, pour la plupart ne connaissent pas du tout. Or, plusieurs huiles permettent de soigner des diarrhées aigües, des rhumes, des toux, des problèmes de cicatrisation qui sont la plupart de nos consultations. Selon moi, ce serait un premier pas vers des conseils de prévention…pour essayer de remédier au : « les antibiotiques, c’est automatique » ! Et Claire, ce même médecin serait également d’accord pour me former en réflexologie plantaire : je jubile et compte bien m’exercer, sur mes enfants tout d’abord !
 
                   


 
 
 
 
 
Quant au mois d’avril, il s’annonce avec « pas mal » de nouveautés : arrivée du nouveau médecin recruté cette semaine, poursuite de la passation/ formation des nouvelles sages-femmes, Egyptienne (notre sage-femme d’expérience) qui va probablement se retirer de notre activité ici, arrivée d’un nouveau dentiste la semaine prochaine également, et si c’est accepté par l’équipe, mise en place de notre nouveau projet pour le mois de juin : la fête des 10 ans d’existence du dispensaire !
 
                                                                                                                                
Quant à nos enfants, ils se portent toujours très bien. Pas de maladie, de plus en plus de copains, ilssentent aussi leurs parents « plus zen » et nous prenons le temps avec bonheur de goûter de menues joies du quotidien que je souhaitais vivre durant cette expérience de coopération en famille : séances de massages presque quotidiennes, livres audio (merci les Deschamp et les Chatelin) que nous écoutons en famille (en ce moment, les contes de la Rue Broca : mon régal quand j’étais petite !),un « plateau-télé » une soirée par semaine= un dessin animé regardé en famille…et même une séance de yoga pour les enfants faite tous les 5 dans le jardin (merci Lyly), avec plein de petits yeux d’enfants braqués sur nous de l’association « les enfants du soleil »,        nos voisins les plus proches !


 

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18 mars 2018

Routine, routine…

On en rêverait (presque !) de la routine.

Petite rétrospective de cette quinzaine, encore bien variée.


Nos deux premiers week-end de 3 jours de coupure, durant les vacances des enfants : un bienfait inégalable ! On en avait bien besoin.



 Visite de notre chargé de mission de la DCC, Loïc, entretien avec nous puis le Père Cyrille…et week-end détente ensuite à Ambositra (1h30 de Fianar), petite ville d’artisans de marqueterie. Un régal pour les yeux de les regarder travailler. Et achats-souvenirs bien entendu !


Autre week-end détente la semaine dernière avec visite DU vignoble de Madagascar, à quelques kms au sud de Fianar : fabrication du vin blanc, gris, rouge (déconseillé pour les français sous peine de s’étouffer avec l’acidité) et moelleux…dégustation, pour nous deux !


Le samedi, balade au parc d’Anja. Un parc associatif à une bonne heure de Fianar : nos premiers lémuriens observés, des papillons magnifiques, des plantes incongrues avec un guide passionnant pour nous faire découvrir faune et flore, nous sommes rentrés comblés.















Côté travail, notre médecin a du quitter le dispensaire la semaine dernière pour refaire un stage de 6 mois alors qu’il devait passer sa thèse dans quelques semaines ! Pourquoi ? Oh simplement parce qu’une secrétaire de la fac de médecine a déménagé en Afrique du Sud en perdant tous les rapports de stage de sa promo. C’est ce qu’il nous a expliqué, incroyable, hein ?!


Du coup, plus de médecin, difficile de dire que le dispensaire va tourner. En même temps, désaffection des consultations de patients depuis une bonne quinzaine. A priori, de part la fête de Pâques approchant, les gens économisent et ne consultent donc plus. Ce serait la même chose le mois précédent Noël. On espère que c’est la raison principale.


Côté maternité, après deux accouchements à deux semaines d’intervalle en janvier –début février, on s’ennuyait un peu ; Heureusement, ces 10 derniers jours ont été riches. 4 en une semaine : deux pour nous et deux pour la sage-femme retraitée Egyptienne, qui est bénévole avec nous depuis un mois ; Pour l’anecdote (qui n’en fut pas une pour nous), accouchement la semaine dernière d’un siège complet (suspecté à l’entrée de la patiente cliniquement, sans écho, confirmé à l’arrivée du premier petit pied !). Heureusement, j’ai appelé le Dr Jean-Phi et toutes les femmes se sont détendues dans la salle J. On a été fiers de nous tous les 2 : tout s’est bien passé !


Après ça et un autre accouchement (épique là aussi) quelques jours après, on s’est dit que ce n’était plus possible de continuer à tout faire tout seuls. Les enfants allaient commencer d’en pâtir. Un dessin animé le temps qu’on fasse les accouchements en face de chez nous, ils sont plutôt contents mais les soirs d’école, ce n’est pas très sérieux tout de même !


Du coup, je suis allée à l’école de sages-femmes, et 3 jours après quand je passais de nouveau, la secrétaire me présentait les 3 plus méritantes de la promotion, ayant obtenu leurs diplômes 3 jours avant ! En voilà deux d’embauché chez nous, qui commencent…demain lundi 19.




En attendant d’avoir un médecin, on va déjà les former, en les assistant dans les accouchements, les consultations et elles pourront nous aider dans de nombreuses activités quotidiennes. On se réjouit !


Nous avons appris également avant-hier que la dentiste partait définitivement du dispensaire la semaine prochaine…Un autre arrive demain.

Nous nous attelons donc à une nouvelle phase de notre mission, en parallèle des autres, l’aspect Ressources Humaines.


Recrutement, formation, rigueur et qualité des soins, hygiène, mise en place de protocoles de soins, de fiches de poste…On a encore beaucoup d’idées à mettre en œuvre.


Autrement, nouvelle toute fraîche d’hier : Bruno Buttin, le président d’AMM nous a appelé pour nous dire qu’il y avait un couple de médecins intéressés pour venir à Padre Pio, très prochainement. Ils vont pouvoir nous aider pour la gestion, les soins. Chouette ! Nous allons préparer leur arrivée la semaine prochaine ;


Autres grandes nouvelles : le petit Franco d’un an (dernière AMM news), atteint d’une hydrocéphalie va être opéré dans les prochains jours. Nous attendons une valve de dérivation du LCR depuis 10 jours, qui viendra de Tana. Jean-Noël, 8 ans, atteint d’une fente labio-palatine part aujourd’hui pour se faire opérer gratuitement par une équipe de chirurgiens français bénévoles, de l’association « les enfants du Noma », à Antisrabe. Une chance inouïe ! Nous l’aidons (grâce à vous !) à financer son voyage et les repas sur place et il participera au maximum de ce que sa famille peut faire.


Quant à mon petit protégé Tolojanahary, il va très bien, nous le voyons plusieurs fois par semaine car nous inscrivons sa grand-mère et ses frères et sœurs à la Mutuelle de soins. Ayant appris qu’il n’allait plus à l’école cette année par manque de moyens, nous nous sommes dits que pour moins d’un euro, maintenant qu’il était en bonne santé, nous pouvions bien lui « offrir » cela !


Nous allons tous bien.  
On vous dit à bientôt !


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06 mars 2018

Quelques nouvelles de Tolojanahary

Après avoir insisté tous ces derniers jours pour revoir Tolojanahary et rencontrer sa maman, j'ai enfin pu me faire comprendre de notre gardien et les voici de retour ce matin.

Toujours pas de maman; ça m'énerve je l'avoue. Je ne comprends pas, son fils est vivant, elle n'a pas déboursé un centime, je voudrais juste qu'elle revienne pour se présenter et que je lui transmette mon message pour une prochaine fois. Si un de ses enfants est malade, il faut venir consulter ici, sans attendre 5 jours comme cette fois-ci.

Après explications et traduction, je comprends que sa maman ne viendra pas : "elle s'en fout". Elle aurait préféré que son enfant décède car cela aurait fait une bouche de moins à nourrir. Elle est enceinte d'un 5e enfant, dont elle ne connaît pas le père; le père de Tolojanahary est décédé il y a deux ans. Je suis horrifiée bien que je comprenne mieux la situation, avec ces détails terribles.

Devant le sourire et le merci de sa grand-mère qui s'en occupe (comme de ses frères et sœurs), venue ce matin pour nous présenter Tolojanahary tout souriant et timide, bien campé sur ses deux jambes, j'ai encore les larmes aux yeux du bonheur de les voir.
Une goutte d'eau dans cette océan de misère, mais une goutte d'eau qui a sauvé sa vie...pour cette fois-ci;

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05 mars 2018

Tolojanahary, petit garçon de 8 ans, sauvé pour 46 euros !

Tolojanahary


Jeudi dernier, je m’apprêtais à faire les premières vaccinations de la matinée hebdomadaire consacrée à cela, une matinée assez tranquille qui s’annonçait. Une réunion avec la mutuelle pour négocier un accord de partenariat…


Quand tout à coup, tout a basculé en deux minutes.


Un jeune garçon arrive en état proche du coma, en gémissant et ne répondant à aucune stimulation, porté par son oncle, notre gardien. Sa grand-mère qui l’accompagne nous narre qu’il a de la fièvre depuis 5 jours, qu’il a 8 ans, qu’ils ne sont pas venus consulter avant par faute de moyens financiers.


Je lui fais le test de dépistage du palu (TDR) qui, en quelques minutes vire au positif +++.


Etant ictérique et pâle à la fois, j’en déduis que ce sont les conséquences du palu ; diagnostic confirmé par le médecin, crise grave de paludisme. Il nécessite une hospitalisation sur le champ car dans quelques heures il risque de ne plus être de ce monde sans traitement. A cette annonce, la grand-mère nous dit : « non, il n’y aura pas d’hospitalisation car nous n’avons pas d’argent ».


 Mon sang n’a fait qu’un tour et mes tripes se sont exprimées avant même que je réfléchisse : « nous partons à l’hôpital immédiatement et nous prendrons en charge cette hospitalisation ! »


S’ensuit dans une grande rapidité un départ avec notre voiture, conduite comme une ambulance sur la route cabossée qui mène à l’hôpital ; le petit installé sur sa grand-mère, ses jambes sur mes genoux, avec des packs de glace pour lui faire descendre la fièvre (et un suppo de paracétamol avant de partir tout de même !).


En arrivant, je m’attends, crédule que je suis, à ce que devant l’urgence de la situation, la prise en charge soit immédiate ou presque. Quelle ne fut pas ma surprise !


Je vous le dis, j’ai fait l’expérience du dicton qu’il vaut mieux être riche et en bonne santé ici!!


Tolojanahary, sa grand-mère et notre gardien Samuel, son oncle
L’enfant à peine déposé sur une table d’examen en pédiatrie, les 7 internes et externes autour de lui, lui gémissant ; personne pour le toucher, lui parler, le rassurer. Je réfrénais mes larmes ;


Je partais acheter un dossier médical, début d’un long cheminement d’allers et retours avant que l’on daigne s’occuper de lui. Arrivée à l’accueil, faire la queue, payer…ont été les occupations de ma journée de 10h à 14h !


Après le dossier, nécessité d’un billet d’hospitalisation : même démarche.


Puis en revenant en pédiatrie, le service me donne un « billet doux » de matériel à aller acheter à la pharmacie de l’hôpital : tubulure, compresses, sérum…


Quoi ? Mais rien n’a été fait pendant mon absence et le petit continue de gémir tout seul sur la table ? Je repars au pas de course et passe devant tout le monde à la pharmacie : heureusement, ils avaient noté URGENT sur l’ordonnance ! Une chance !


Je retourne au service, ils le perfusent…Et se rendent compte qu’ils ont oublié de prescrire une seringue : ça non plus ils ne l’avaient pas dans le service.  Je retourne à la pharmacie.


Je reviens et là, ils veulent lui faire un bilan. Lisez bien car là, il faut en prendre de la graine ! J


Je dois courir au laboratoire externe, montrer l’ordonnance pour qu’ils me donnent deux tubes et que je règle les analyses. Je reviens au pas de course à l’hôpital, en jetant à peine un coup d’œil à Tolojanahary, me voulant être efficace et non dans l’émotionnel. Ils le prélèvent et je retourne au labo déposer les tubes. Pour les résultats, il faudra revenir dans l’après-midi (en personne bien entendu).


Niveau optimisation de temps et d’énergie, pertes de chances pour le patient, ils sont parfaits !


En parallèle de ce temps écoulé, le médecin est allé acheter au marché noir, le médicament nommé Artesunate injectable, notre Graal à nous en ce jour, l’antipaludéen injectable. Plus disponible à l’hôpital où il devrait être dispensé gratuitement, on ne le trouve qu’au marché noir à des prix variables selon la personne qui vient. Autant dire que notre médecin malgache m’a gentiment évincé de l’affaire afin de négocier entre malgaches !


Peu importe, j’avais de quoi m’occuper. Le palu ayant entrainé un ictère et une anémie majeure, ils envisageaient de lui faire une transfusion. Nouveau moment mythique ! Me voilà repartie dans un autre lieu de l’hôpital afin de régler une demande de transfusion. Ils m’envoient ensuite au centre de transfusion que je mets 10 min à trouver car personne ne parle français pour m’indiquer le chemin.


(Depuis, j’ai appris « gauche » et « droite », ça m’aide bien).


On me donne un tube sec, je retourne en pédiatrie. Ils m’envoient à la pharmacie chercher tubulure, etc. Ben oui, pourquoi ne pas tout faire en une seule fois, en réfléchissant aux soins qu’ils allaient faire dès le début ? ça aurait été moins drôle sûrement !


Je repartais au dispensaire en ce début d’après-midi, un peu plus sereine. Je passais une nuit un peu agitée malgré tout, de peur que les médicaments donnés ne suffisent pas, qu’il ne s’en sorte pas.


Main de Noé et bébé lézard


Par chance, une deuxième urgence est survenue le lendemain : jeune femme de 20 ans présentant anémie, ictère et test de palu positif.


La répétition générale ayant eu lieu la veille et la patiente présentant un moindre degré d’urgence (effectivement, elle n’avait que 3,4g d’hémoglobine, je l’ai su le lendemain, durant la 1ere transfusion ! Mais elle était consciente et pouvait être debout, en forme quoi !)


 Nous avons repris le chemin de l’hôpital avec elle plus tranquillement, où nous avons pu recommencer la même chose que la veille. Parfait, je connaissais les lieux et les démarches.


Je passais voir mon petit patient qui, lui allait très mal. Fièvre à 42 qui ne baissait pas (je l’ai vu de mes propres yeux), ils ont du interrompre la transfusion ; ajouter à cela un diagnostic de pneumopathie surajoutée. Je n’en menais pas large…Le pronostic vital de cet enfant ne s’améliorait absolument pas.


Après y être allée plusieurs jours d’affilé (même le dimanche matin à 8h après avoir raccompagnée notre baby-sitter qui avait dormi chez nous), Tolojanahary est sorti de l’hôpital mercredi dernier, vaillant m’a-ton-dit. Je ne l’ai pas vu depuis sa sortie mais son oncle m’a remercié, betsaka (« beaucoup), chaleureusement ; je pense donc qu’il va bien. J’ai demandé à ce qu’il vienne nous voir ici au dispensaire mais je ne crois pas m’être fait comprendre.


Ma joie fut immense : grâce à vos dons vous avez sauvé une vie, sa vie, pour 46 euros.


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21 février 2018

Rapport d'émerveillement !

Je partais sans beaucoup d’illusion tant on m’avait dépeint un pays et une culture qui partaient à vau l’eau. 

Il y a peu, le Dr Claire m'a parlé d'une proposition faite par une asso qui envoie des volontaires : rédiger un rapport d'émerveillement après le premier mois de mission.


Vue du dispensaire (maison au toit blanc, pointu) lors d'une balade dans le quartier en face


J'ai bien aimé cette idée, le voici ci-dessous:


On m’avait dit que les gens étaient paresseux, fainéants ici ! C’est bien tout le contraire. Tous les travaux au quotidien ici, chez les Betsileo demandent une force et un courage immenses. 
 


On m’avait dit : tu verras, Mada, c’est l’Afrique, on a l’horloge, ils ont le temps ! Je m’attendais à un rapport au temps qui allait vite me peser, avec mon côté allemand un peu développé,  rigoriste parfois, qui aime être à l’heure ! Pour l’instant, il n’en est rien.


On commence à comprendre qu’un horaire veut à peu près dire +3h… à plus ou moins un, deux, 3 jours près, ce que l’on a constaté avec les ouvriers qui sont venus chez nous ! Quand on reste un an et demi, on relativise, et on reporte à demain. C’est désagréable certes mais on est encore dans la période où on s’adapte à tout, facilement.
 


On m’avait dit : Méfie-toi, ils vont chercher à t’avoir parce que tu es vasaha (étranger). 


Avec mon expérience passée au Pérou, j’imaginais devoir  négocier âprement pour tout, à être sur la défensive car je n’aime pas me faire avoir mais il n’en est rien. Certes, les prix sont régulièrement augmentés avec un vasaha et je le comprends fort bien, je l’avoue mais lorsque je dis le prix que je connais, ils n’acceptent pas forcément la transaction et nous repartons chacun de notre côté en souriant, sans avoir échangé de marchandise.


Lorsque le prix est fixé, je regarde machinalement la monnaie que l’on me rend mais je n’ai jamais eu de « mauvais » retour.
 


On m’avait dit : par rapport au rythme espagnol, ça va te changer ! C’est vrai !


J’apprécie beaucoup le rythme d’une journée ici : lever très tôt, coucher tôt par conséquent et peu de bruits dans la ville. Nous sommes un peu excentrés mais même au centre ville, il ne monte pas de clameur, de brouhaha jusqu’à 4h du matin!
 
On me reconnaissait en France comme aimant faire beaucoup de récupération d'objets, de vêtements...du "second hand".  C'est vrai, j'aime beaucoup cela mais j'ai tout à apprendre !
Ici, nos "têtes" d'ananas que j'avais mises au compost ont été replantées; toutes les petites bouteilles en plastique que nous jetons en ce moment, provenant des médicaments périmés de la pharmacie sont récupérées et revendues; les boîtes de ces mêmes médicaments sont réutilisées afin de remettre d'autres petits médicaments vendus à l'unité;  la notice des médicaments est gardée pour allumer le feu qui cuit les aliments pour le repas; même le papier hygiénique (utilisé) est gardé dans une famille, afin de servir de combustible ! 
 


Par ailleurs, il y a encore beaucoup de choses que je ne comprends pas : ne jamais dire non afin d’éviter un éventuel conflit ; ne pas prendre d’initiatives en disant « c’est comme ça » ; du coup rien ne change ; héritage culturel ? Résignation d’un peuple ?
Ma question du moment : face à de la passivité, à une forme de soumission, que faire pour ne pas devenir côlon et écraser l’autre ?
ma réponse à l'heure actuelle : trouver des idées pour susciter la coopération, le faire-ensemble, qui demande une implication de chacun ;  et donc des projets qui deviennent les nôtres si on se les approprie, sans qu’ils soient imposés. Maintenant il reste à réfléchir au comment faire-ensemble? J


Je vous livre également ce soir, une autre de mes réflexions de ces temps-ci.


Nous parlons régulièrement avec Noé et Joshua, autour de la question de la pauvreté. Cette question qui nous touche tous, à laquelle nous sommes confrontés quotidiennement.


Il y a quelques jours, un jeune garçon est venu nous accoster, Noé et moi et n’a plus voulu  nous quitter, les yeux jaunes (maladie hépatique probable), souriant timidement…Il voulait de l’argent, je lui ai demandé son prénom, « Pierrot », il me demandait à nouveau quelque chose pour manger, je lui demandais son âge, 11 ans.


Noé avait envie de lui donner un billet de 100 Ar qu’il avait dans sa poche, je le voyais tiraillé. Il voulait tant l’aider. Puis nous avons du quitter notre compagnon de voyage pour récupérer Joshua, invité à un anniversaire, dans une belle maison d’une famille malgache de l’école française ;


deux mondes qui se rencontraient, se heurtaient après cette entrevue avec Pierrot et cette maison luxueuse qui accueillait mon fils. Joshua repartait, un petit sac dans la main, avec une grosse part de gâteau d’anniversaire à nous partager.


En rentrant vers notre voiture, Pierrot nous a rejoints. J’ai demandé discrètement à l’oreille de Joshua s’il se verrait de donner sa part de gâteau à notre petit copain de route, lui disant qu’il n’était pas obligé, c’était seulement s’il avait envie. Joshua a dit : « je l’aurais bien gardée mais je préfère lui donner ».


Lorsque Pierrot a découvert le gâteau, ses yeux ont pétillé, il nous a beaucoup remerciés, il est allé s’assoir avec son petit frère, a partagé la part de gâteau et nous nous sommes salués.


Les enfants comme moi  nous sommes passés de commentaire. Je crois que la vie nous a donné l’expérience  d’une vraie rencontre, l’expérience de la joie du don.


 Le sourire délicat de Pierrot, son merci vont rester gravés en nous.


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12 février 2018

Compte-rendu de notre premier mois

Nous avons atterri le 7/01/2018 sur Antananarivo à Madagascar.
Les photos de ce post n'ont rien à voir avec le sujet, la plupart du temps...



Suite au cyclone qui avait sévi sur Mada, juste avant notre arrivée, nous avons dû attendre à Antsirabe avant de pouvoir rejoindre Fianarantsoa, 5 jours plus tard.
 


Mini grenouille dans les mains de Noé


Il nous a fallu quelques jours de paperasses administratives (visas) et scolaires (pour les enfants) pour pouvoir découvrir le dispensaire et son fonctionnement.



La situation n'est pas glorieuse. Il y a quelques patients par jour que l'on peut compter sur les doigts des mains, des salariés qui ne sont pas payés depuis plusieurs mois et des locaux à rafraîchir.



Manuela a très rapidement commencé son métier de sage-femme et a découvert sans grande satisfaction qu'elle devait remplacer dans quelques semaines la sage-femme enceinte de 9 mois qui vient d'accoucher jeudi dernier. Elle nous a appelés à 5h20 et à 5h50 elle a accouché. Primipare qui nos a appelés qu'à dilatation complète. On ne l'a pas entendue accoucher. Les femmes betsileo mettent tout leur honneur à accoucher sans un bruit. Impressionnant. Bébé de 2300g rentré à la maison 8 heures après la naissance contre l'avis de Manuela qui est allée lui acheter une boite de lait.
Lalaïna et son garçon au prénom imprononçable pour des français débutant le malgache


Bien que nous ayons commencé les leçons de malgache que nous prenons tous les 2  jours, la population ainsi que les salariés parlent en grande majorité malgache, ce qui ne sera pas le cas de Manuela d'ici quelques semaines, rendant les consultations prénatales et les accouchements bien compliqués. Nous optons pour embaucher une sage-femme à mi-temps pour répondre au téléphone la nuit et seconder Manuela lors des accouchements qui ont toujours lieu la nuit.



Nous avons contacté la mutuelle Harena, sur une idée de Manuela, qui propose contre 30 000 ariary (7€80) par an, une réduction de 70 % sur les consultations médicales, la pharmacie et les bilans sanguins pour tous les membres de la famille.


Nous devons signer un partenariat avec eux vers la mi-février.


Notre Karengy, la seule voiture malgache.
Nous revivons depuis que nous avons une voiture car avec les enfants c'était galère !


Le deuxième axe va être de faire de la publicité pour le centre de santé.


Nous avons été surpris du nombre de personnes, résidant dans le quartier qui nous demandent quand il y aura un dentiste ou une maternité dans le centre Padre Pio !!!


Nous allons donc commencer par mettre des panneaux pour indiquer le lieu car beaucoup d'autres ne situent pas le centre de santé.


Nous ferons un message à la radio, par camion publicitaire, par la paroisse le dimanche, par le Fonkontany (chef du village).
Manuela est déjà partie à deux reprises faire du porte à porte avec une étudiante en médecine parlant français dans le quartier et distribuer un flyer qui reprend toutes nos activités, les tarifs et la présentation de cette mutuelle.
Et aujourd'hui, nous avons battu des records de fréquentation.
C'est encourageant pour les efforts que l'on fournit. 


Le troisième axe est la création d'un laboratoire d'analyses sanguines qui a ouvert aujourd'hui officiellement.
Manuela en laborantine


L'infirmier du dispensaire se forme depuis plusieurs semaines au centre diocésain de santé pour apprendre à faire les sérologies de base (TPHA, Bilharziose, Cysti, Aslo, WF, …).


J'ai rencontré pour ma part le Père Théophile, responsable du centre, afin de consolider notre partenariat et nous avons commandé le matériel et les réactifs nécessaires auprès d'eux pour démarrer, à la livraison de tout cela, le laboratoire à Padre Pio.


J'ai également commencé au laboratoire à apprendre ces sérologies, ainsi que l'hématologie pour soutenir notre infirmier qui exprime de la peine à les effectuer. Cette nouvelle activité au sein du dispensaire devrait attirer davantage de patients qui n’auront plus besoin d’aller en ville.
Je sais maintenant faire des ECBU (urines) et des PV (vagin) que je prescrivais auparavant et désormais que je réalise au labo.



Nous avons cherché à relier le dispensaire par la fibre ou l'ADSL mais après étude du fournisseur Telma, il refuse pour « coût trop important » malgré une prise en charge aux 2/3 par le client.


Il nous faut trouver 5 futurs clients pour qu'ils acceptent de lancer les travaux.


Cela permettrait bien sûr d'avoir un accès internet pour faciliter les liens avec la France mais nous avions également pensé faire une sorte de cyber café dans une des salles inoccupées pour tous les gens du quartier afin de faire connaître le centre, et rapporter de l'argent à Padre Pio. Cela aurait bien fonctionné car les habitants sont obligés de se rendre en ville (30 min au minimum) pour avoir accès à internet ou même faire des impressions. Nous allons continuer de rechercher quelques familles aisées du quartier qui seraient intéressées !


Les charrettes que les malgaches poussent en pleine montée chargées à bloc !!!


L'accès au centre est un des problèmes de la fréquentabilité du centre car les bus ne viennent plus à cause de la route trop abîmée. Après un devis exorbitant (7000€) pour refaire la route, nous avons opté pour écrire une lettre au Fonkontany afin que lui-même écrive au maire et fasse jouer le motif du cyclone qui a abîmé la route et pour ainsi faire une demande à l'Etat. On peut toujours rêver, cela ne coûte pas cher !


D'autre part, nombreux sont ceux qui prennent cette route et tout le monde doit alors devrait participer, surtout les deux scieries qui la détruisent avec leurs énormes camions.
Il y a deux jours nous avons appris qu'il y allait certainement avoir un commissariat de police deux 200m plus haut que le dispensaire. Si l'information se confirme, cela veut dire que la route sera refaite. Quelle chance !!!
Cours de pèche improvisé entre enfants


Nous avons deux partenaires que nous avons rencontrés (le CERES et l'école Renée Cassin) qui souhaitent emmener leurs enfants au centre, notamment pour le dentiste. Cela représente plusieurs centaines d'enfants.



Ces derniers jours, nous avons engagé des travaux de réfection notamment des boiseries des fenêtres de la maison des bénévoles, en très mauvais état et ne pouvant plus attendre et quelques travaux de peinture au niveau du dispensaire afin de lui redonner de l'attrait.

Avant
Après
Nous attendons avec impatience l’échographe pour proposer ce nouveau service au sein du centre de santé. Comme cet échographe est très récent, nous le louerons à certains spécialistes notamment pour des dopplers quand nous ne l’utilisons pas, de sorte à faire rentrer encore de l’argent pour le centre.


Nous avons trié dans une salle beaucoup de matériels non utilisés qui ont une valeur marchande et nous avons descendu un forceps, un ambu pour la réanimation des nouveaux-nés, des spéculums et autres pinces qui prenaient la poussière et nous vendrons tout ce qui ne sera pas utile ainsi que l’échographe, muni de ses trois sondes en panne, comme avaient commencé de le faire Marie et Armelle.



Pour terminer suite à ce premier mois, nous avons du travail, encore plein d'idées et de partenariats à développer !

Posté par Jean-Phi Lambert à 15:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 février 2018

C'est chez nous !

Après plus de 10 jours sans internet, ça y est, nous pouvons à nouveau donner des nouvelles.


Tout d'abord, une petite visite de notre "chez-nous", que Noé vous propose en sons et images:



Notre quotidien continue d'être bien chargé, toujours avec beaucoup de joie et en même temps avec plus de fatigue.
Il va nous falloir modérer l'allure pour tenir dans le temps mais pour l'instant, nous ne savons pas bien comment faire autrement.
Promenade avec nos copains les Moreau, avec leurs 3 garçons, des mêmes âges que les nôtres, il y a 15 jours :


Rizières au-dessus de chez nous, pas mal, non?
 
 
 
Un autre post pour vous donner plus de nouvelles de la mission, très prochainement...

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02 février 2018

Comment AMM ?

Tout attristé que nous étions après avoir refusé la mission que la communauté du chemin neuf nous proposait à l'Île Maurice, nous recherchions sans grand succès les besoins que pouvait avoir Madagascar en sage-femme. En effet, Madagascar était une des destinations de rêve de Manuela, depuis toute petite.

Un soir de garde, un ami gynéco, Pierre Mathieux pour ne pas le citer, au détour d'un couloir nous parle de son association à Mada qui cherche des sages-femmes !!! Le soir même nous dévorions le site d'AMM (Alliances & Missions médicales), le lendemain nous appelions son président Bruno Buttin avait qui le courant est tout de suite passé et nous nous lancions à fond dans la mission.

 

AMM a accepté toutes nos contraintes et notamment d'attendre si x mois avant notre départ et nous a accompagné dans les préparatifs et continue sur le terrain dans notre mission.

 

Posté par Jean-Phi Lambert à 20:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]